Allégorie

p 19 En esthétique, la distinction fondamentale semble être celle du symbole et de l’allégorie. Le symbole « donne à penser » (Kant), alors que l’allégorie est l’illustration d’une pensée. […] Quand Angelus Silesius dit que « la rose est sans pourquoi, elle fleurit parde qu’elle fleurit » et « ne demande pas si on la voit », il en fait un symbole.

p 20 Envisagée dans l’optique herméneutique, l’allégorie (ou mieux : l’allégorèse) désigne une pratique et une théorie de l’interprétation soucieuse de distinguer le sens littéral (apparent) d’un texte de son sens spirituel («caché»)

p 22 De nos jours, […] le terme d’exégèse allégorique ou d’allégorèse se charge toujours de connotations péjoratives. L’allégoriste c’est l’autre, qui propose une interprétation « tirée par les cheveux ».

Anthropologie

p 34 les êtres humains se caractérisent [..] par une faculté accrue à différer la réponse aux stimuli extérieurs ; c’est ce qui dégage une marge de manœuvre et permet une certaine créativité de l’action. [… risque d’hésitation, d’incertitude] le rôle de la culture est de réduire ces risques, en tant qu’elle est au départ un répertoire partagé et codifié de modèles du monde et de règles d’actions.

Application

p 39 Le sens d’un texte ne se révèle ainsi qu’a la condition de l’interroger sur ce qu’il a à nous dire.

p 40 il faudrait non seulement reconnaître que comprendre, c’est toujours « comprendre autrement », mais que la lecture d’un texte, au sens fort de ce terme, implique de « rendre l’autre [sens]  plus fort ».

p 41 « comprendre, c’est se comprendre devant le texte»

Autorité

p 47 La méthode des passages parallèles, qui peut être décrite comme une technique philosophique de base, se laisse approximativement définir ainsi : lorsque nous trouvons dans un texte une expression obscure ou plurivoque, nous essayons d’abord d’interpréter cette expression grâce à une autre expression, parallèle sur le plan verbale ou des objets, c’est-à-dire « semblable », du même opus ou de la même œuvre, qui soit plus claire ou univoque. Ce qui est déterminant ici est que la méthode des passages parallèles implique premièrement un échelonnement des concepts, qui privilégie des contextes plus « proches », et que deuxièmement elle présuppose l’homogénéisation, en tant qu’« herméneutique de l’œuvre », d’un ensemble de textes dans un opus ou d’un œuvre.

Canon

p 62 la notion du classique pose le problème d’une sorte de canonicité séculière.

p 65 Dans yn sens transposé, on pourra même parler de certains textes comme de véritables « bibles » séculière (les Principia matematica comme la bible des mathématiques modernes !)

Commentaire

p 82 La liste standard complète [ de Platon ] compte huit « points capitaux » : 1) la mise en scène dramatique du dialogue ; 2) les interlocuteurs et leur interprétation symbolique ; 3) le but du dialogue ; 4) la place du dialogue dans l’ordre de lecture ; 5) l’utilité du dialogue ; 6) la division du dialogue en parties ou chapitres ; 7) le mode d’expression ou l’enseignement du dialogue ; 8) la forme de la conversation.

Compréhension

p 89 Depuis Augustin, l’expression « testimonium aliorum », le témoignage des autres, s’est imposée pour désigner cette source de connaissance. […] Les scientifiques développent des théories pour pouvoir produire de bonnes explications d’événements singuliers et des lois, ainsi que de bons pronostics (ou propositions portant sur le passé, des « rétrodictions »). Les pronostics doivent nous permettre de réaliser plus efficacement nos fins et d’empêcher les choses qui ne relèvent pas de notre intérêt. Nous attendons en revanche principalement des explications scientifiques qu’elles élargissent notre compréhension. Quant à la question de savoir quelles sont les propriétés des explications qui peuvent produire une telle compréhension, elle est l’objet de vives controverses dans l’épistémologie contemporaine. On ne remet cependant plus en question le fait que toute théorie de la science doit comporter une théorie de la compréhension scientifique.

p 92 Plus influente encore est devenue la formule de Dilthey : « Nous expliquons la nature, nous comprenons la vie de l’âme »17, qu’il faut lire sur le fond de ses tentatives psychologistes de fondation des sciences de l’esprit. […] Comprendre une langue est ainsi une disposition multiforme, une compétence complexe qui peut se manifester de nombreuses manières. D’un autre côté nous parlons aussi de compréhension en un sens épisodique, d’épisodes de compréhension.

p 97 [En suivant Rosenberg 1981] Jen citerai trois :

  • L’objet de la compréhension semble embrouillé, emmêlé, compliqué. Pensez à une phrase aux nombreuses propositions emboîtées de Kant ou de Karl Kraus, ou à une longue démonstration mathématique. Dans ce cas, la tâche de l’interprétation peut être décrite comme analyse.
  • L’objet de la compréhension semble incohérent. Dans ce cas, la tâche de l’interprétation est de prendre en considération le contexte et d’intégrer l’objet dans un ensemble cohérent.
  • L’objet de la compréhension est sous-déterminé ou même indéterminé. La tâche de l’interprétation consiste alors en une articulation plus exacte.

p 99 Plus précisément, il s’agit ici de règles de présomption avec des présomptions qui peuvent être annulées, c’est-à-dire de présomptions qui ne sont maintenues que jusqu’à ce que des objections suffisantes se présentent.
94Les principes généraux de l’interprétation sont des moyens indispensables pour parvenir à une compréhension adéquate d’énonciations (ou d’autres actions avec des signes), d’actions et de personnes. Ils sont en outre constitutifs de la pratique de l’entente à l’aide de signes, de l’explication et de la prévision d’actions dans le cadre de la psychologie quotidienne ainsi que de l’application des concepts centraux de ces pratiques (attitude intentionnelle, signification, action, personne).

Conjecture

p 103 c’est surtout avec la Logique de la recherche scientifique de Karl Popper (1934) que s’établit un usage contrôlé des conjectures comme anticipation. La méthode scientifique est définie comme hypothético-déductive, au sens où elle produit des conjectures qui permettent de tirer des conséquences réfutables (Popper 1971).

Contexte

p 114 Y a-t-il d’un côté la signification du mot, et de l’autre ses différents usages ou sens ?

p 115 la notion wittgensteinienne de « jeux de langage » et l’inscription de ceux-ci dans autant de « formes de vie » visent à rejeter toute forme d’hypostase de ka signification. C’est dans l’emploi des lots considérés comme des outils avec des fonctions particulières que se dissout le problème de leur signification. […] 
un élément n’a de sens que restitué au sein de son contexte et qu’inversement le contexte comme totalité signifiante est inséparable des éléments qu’il contient [ JJD voir la succession des théorèmes et le sens que prennent les exercices. ] 

p 117 On peut néanmoins maintenir la distinction du moment de la compréhension et de celui de l’estimation du degré de vérité, en considérant qu’un réel dialogue n’est possible qu’à la condition que chaque interlocuteur s’efforce de comprendre la position de l’autre et sa prétention à la vérité, avant d’en juger, c’est-à-dire s’efforce d’en reconnaître la légitimité même s’il faut conclure à un désaccord.

Droit

p 133 L’interprétation judiciaire consiste à rechercher le texte juridique applicable à une situation litigieuse en fonction de sa qualification […] à déterminer le sens du texte en question, c(est-à-dire à formuler la règle qu’il contient, et à appliquer cette règle au cas particulier en discussion qui apparaît ainsi motivée.

p 137 À l’interprétation de la loi par le juge s’oppose la formalisation logique ou informatique du jugement ou sa réduction à un calcul sociologique ou économique par la mise en balance des intérêts et des valeurs en conflit.

Ecrit

p 148 Pour Platon, le problème de la vérité est inséparablement lié au dialogue. Ainsi dans le Phèdre, Socrate soutient que seule la parole peut être reprise et adaptée, [JJD idem Foucault leçon inaugurale au Collège de France] et donc [la parole doit ] répondre aux besoins de la compréhension, tandis que l’écriture serait la représentation d’un objet dans une forme fixe, nécessairement trop peu complexe. Celui qui apprendrait une chose dans le dialogue pourrait la comprendre entièrement et la mémoriser dans toute sa complexité ; il disposerait désormais d’un savoir. Mais celui qui ne connaîtrait pas d’avance le sens complexe de la chose en question, ne trouverait dans l’écrit que des traces ou bien des indices [ JJD voir Kant les 7 niveaux ] 

Équité

est équitable l’interprète qui, dans un effort de comprendre; rend en quelque sorte justice à l’auteur, c’est-à-dire fait l’hypothèse que l’auteur a voulu dire quelque chose de sensé et a voulu être compris.

Expérience

p 171 La compréhension est une appréhension constituée de deux actes distincts fondés l’un sur l’autre : le premier appréhende l’objet physique (la tache d’encre, le complexe phonique, etc.) comme tel et le second donne à cet objet physique le statut de signe renvoyant en un second temps, de manière fondée donc, au-delà de lui-même à autre chose. [ JJD : Voir dans Astérix « le devin » 

p 172 Comprendre, c’est saisir des connexions entre différents éléments, c’est donc une manière de s’y rerouver dans le monde.

Expliquer/comprendre

p 178 Comprendre ne consiste pas tant à revivre l’expérience vécue d’autrui qu’à reconstruire le contexte signifiant et les principes rationnels à présupposer pour que l’expérience ou l’action en question puisse être considérée comme douée de sens.

p 180 Rejoignant Apel sans sa volonté de dépasser les oppositions commodes, Salanskis soutient que l’exhibition du « comprendre » à l’œuvre dans les sciences, non seulement respecte le mouvement interne des sciences, mais enage la réflexion sur la place et le rôle contemporains de la philosophie.

Herméneutique de la culture

Cassirer a forgé une théorie sémiotique de la culture humaine qui pose que les formes symboliques que sont le mythe, le langage, l’art et la science constituent des systèmes symboliques autonomes et irréductibles les uns aux autres, dans lesquels s’exprime à chaque fois un accès singulier au monde.

Littéraire

  1. Pour l’herméneutique reconstructive, il s’agit de refaire dans la compréhension les opérations accomplies dans l’énonciation, autrement dit la synthèse singulière de lexique et de grammaire dans un discours. […] La reconstruction [… regagne] pas à pas les étapes de la compréhension du sens dans une lecture cursive […] dans un mouvement de va-et-vient
  2. [pou] l’herméneutique philosophique […] l’écrit est une auto-aliénation. La vaincre par la lecture du texte, voilà la tâche suprême de la compréhension.

Philosophique

L’herméneutique philosophique cherche en ce sens à théoriser l’expérience de la rencontre de tels textes éminents en tant que leur prétention à la vérité met en question ceux qui les lisent.

Incidences

p 217 [avec Gadamer] la compréhension devient intransitive, intégrée dans la compréhension de soi. [ JJD : Je me comprends
p 218 [ Le concept d’]expérience relève d’une ouverture principielle qui est plus riche que les préoccupations du sujet qui fait une expérience ; elle est caractérisée par une négativité qui transforme et révise les attentes du sujet ; enfin elle est marquée par une forme de finitude qui ne s’achève pas dans un savoir absolu. […] les textes entrent dans une conception dialogique. Ils sont comme un « tu », un partenaire qui nous adresse un sens et veut nous dire quelque chose. [ JJD : voir Grothendieck La clef des songes
p 220 Les critiques des élaborations théoriques de l’Ecole de Constance proviennent des théoriciens marxistes, qui reprochent d’une part la polarisation excessive sur le pôle de la réception, aux dépens des conditions de production de l’œuvre, d’autre part l’oubli des dimensions sociologique et idéologique qui conditionnent l’acte de lecture.

Image

p 224 Que les images se montrent nous incline à les tenir pour vraies [ JJD : trompe-l-œil ] une vérité qui impose en retour notre certitude de leur vérité.
[..] Ainsi l’image bénéficierait-elle d’une existence bien réelle. Ou bien, la réalité est ce dont notre esprit à besoin. Notre esprit a besoin de savoir ce dont il dispose : il a le langage, il a des concepts, des normes, des catégories, qui contribuent au fonctionnement de l’esprit, à la construction de la réalité. E, ce cas, les images sont un outillage, parmi d’autres, qui nous sert à construire ce que nous nommerons réalité.

p 229 l’image me parle d’elle-même », c’est-à-dire que le fait qu’elle me parle est fondé dans sa propre structure, dans sa forme et ses couleurs.

Indice

p 233 En épistémologie, on invoque depuis Thomas Huxley (1888) la « méthode de Zadig », d’après le récit de Voltaire (1758), pour désigner la recherche qui ne peut s’appuyer que sur des traces et la reconstruction hypothétique d’un contexte et d’un cohérence pour les interpréter, comme c’est le cas en paléontologie ou en biologie évolutionniste.

Intentionnalisme

  • Les intentions finalisées p 235 Les plans d’actions ou programmes peuvent eux-mêmes être considérés comme des intentions complexes.
  • Les intentions expressives s’intéressent aux formulations d’expressions verbales ou de textes écrits.
  • Les intentions sémantiques p 241 L’établissement des intentions de l’auteur a été particulièrement mise en avant comme étant le but de l’interprétation. [ JJD « Qu’est-ce qu’il a voulu dire ? »
    p 243 À partir du constat de l’inobservabilité des intentions, une telle objection conclut qu’elles sont inaccessibles. Ainsi, beaucoup affirment que les souhaits, les convictions ou les intentions sont des événements privés, lesquels seraient par principe inobservables et, de ce fait, inaccessibles.

    Restrictive

    p 247 Afin que la langue satisfasse aux exigences de la science moderne, certains auteurs ont voulu, contre cette variabilité, forger une langue parfaite — une langue artificielle — dépourvue d’élasticité et d’ambiguïté. Si ce projet a, dans une certaine mesure, abouti dans les langues formalisées, comme en mathématiques, il n’est guère parvenu à ses fins dans les langues de la philosophie, de la littérature ou du droit : dans les langues naturelles, il y a entre sens strict et sens large place pour l’interprétation.

    p 248 les juristes doivent prendre garde de ne pas solliciter automatiquement le sens strict, sinon Chiens interdits n’empêcherait pas un client d’entrer dans le restaurant avec un éléphant.

    Ironie

    [JJD : L’ironie est, sans doute, le mode d’expression impossible à exprimer en mathématiques ]

    Lecture

    p 259 la transformation du mode de lecture du fait de nouveaux médiums, par exemple la lecture sur écran, modifie le cadre visuel de cette expérience et porte avec elle des conséquences intellectuelles qui ne peuvent pas encore être appréciées. La réduction des formats, la diminution des temps d’exposition au texte ou la domination d’une logique de la contiguïté, favorisés par les programmes informatiques, sur une logique de la continuité, héritière du discours rhétorique, est certainement un des enjeux les plus brulants lié à l’avenir de la lecture.

    Lieux communs

    p 261 Aussi bien la dialectique que la rhétorique se servent, pour Aristote de topoi ou lieux pour élaborer des arguments plausibles. […] Par exemple, […] « Si vendre ces biens n’est pas honteux pour vous, les acheter ne l’est pas non plus pour nous » […] (on peut penser à une maison sous hypothèque) […] Par conséquent, les listes des lieux ne se recoupent que très rarement (notamment le lieu du plus ou du moins, qui permet de construire des arguments fondée sur le dispositif « à plus forte raison », comme : « Si les dieux ne sont pas omniscients, à plus forte raison les hommes.)

    o 262 Il s’agit certes de tirer une conclusion, à savoir de déduire, mais les règles propres aux modes d’inférences syllogistiques ne sont pas suivis. […] Doit-on dire que le lieu est un schème ou une maxime, du genre : « Les opposés des opposés sont des opposés », ou : « ce qui appartient à la partie appartient au tout » ? Mais peuvent-ils inclure aussi des jugements de valeurs, donc des comparaisons comme « une chose bonne, c’est adopter un bien plus grand au lieu d’un moindre bien et, entre deux maux, de choisir le moindre » ?

    p 264 Quoi qu’il en soit, les lieux communs font partie d’un ensemble de règles pour justifier dûment des conclusions que l’on veut faire accepter à un auditoire. La nature inventive de la topique est en effet un parcours à rebours : qu’il s’agisse d’Aristote, de Cicéron ou de Boèce, il ne s’agit pas de « trouver » une conclusion, mais de remonter aux prémisses et aux modalités de déduction qui peuvent justifier une conclusion déjà « trouvée », une thèse dont on veut persuader par la légitimité de son enchaînement argumentatif. C’est dans ce sens spécifique que le lieu a un lien avec des procédures de preuve communes : L’enthymème, l’exemple et la maxime La maxime est une partie de l’enthymème, une formule qui n’est ni particulière, ni générale, mais a pour objet des actions qu’il faut choisir ou éviter.

    p 266 Les lieux communs sont [deviennent avec Agricola] des formules stéréotypées, proches des opinions communes (les doxa ) qui opèrent comme la prémisse majeure. […] 
    Somme toute, la nature argumentative des lieux communs et leur « spatialisation »  descriptive et mnémotechnique traverse la Renaissance

    p 267 Manifestement les lieux ne sont pas considérés comme des dispositifs d’argumentation, mais comme des motifs ou de simples thèmes très codifiés, qui laissent à l’auteur la seule liberté de la variation infinie.

    Fosca Mariani Zini Penser entre les lignes

    Logique

    p 270 Le Stoïcisme, dont la dialectique comprend une interrogation sur ce que c’est, pour un incorporel comme une parole, que d’avoir une signification, donc sur les signes en général [ JJD cf la philosophie de l’esprit contemporaine par ex Recanati, Pierre Jacob ] (sémiotique)
    […] [Dannhauser (1652) ] : « Toute manière de davoir est une partie de la logique, or la manière d’interpréter est une manière de savoir, donc la manière d’interpréter est une partie de la logique. » 
    p 271 Ce sont donc des procédures d’établissement di sens littéral, empruntées à la pratique juridique qui repose également en partie sur l’interprétation des textes et des témoignage, qui sont inscrites au programme logique, dont elles modifient la physionomie. […] 
    Chez Clauberg (1658) L’herméneutique comme art de lire constitue la troisième partie (sur quatre) de la Logique renouvelée qu’il propose comme disciple de Descartes. […] Il est donc contemporain d’une nouvelle conception de la logique comme « logique des idées » plutôt que comme logique des « propositions », entendues comme expressions formulées dans le langage — ce qu’avait été la logique chez Aristote, ches les Stoïciens, ou encore dans l’essentiel des traditions médiévales. […] Il s’agit d’une parenthèse relativement courte qui, avec le concept kantien de « logique formelle » (Kant 1970), s’est déjà refermée. La logique comme « science des règles formelles de toutes pensée », c’est-à-dire essentiellement comme investigation des inférences valides et des rapports de subsomption entre concepts (qui, d’après la théorie « classique » du concept comme agrégat de caractères, fondent  la validité desdites inférences), voit son programme suffisamment réduit pour qu’en soit expulsé l’art de comprendre, qui se développera dès lors dans une relative indépendance, d’abord sous l’impulsion de ce qu’il est convenu d’appeler, par raccourci, le « romantisme allemand ». [JJD : Les affinités électives de Goethe ]?

    p 273 Le modèle philologique et critique d’une part, et le modèle logique et épithémologique de l’autre, ont le plus grand mail à se rencontrer sur le terrain de la signification, qui leur est pourtant, de façon indubitable, partiellement commun.
     « l’apparteance au sens prècéde toute logique du langage » (Ricœur 1986), les effots pour obtenir une science de la signification et une science de la compréhension dont on peut supposer qu’elles ne feraient qu’une) risquent d’apparaître comme d’emblée voués à l’échec, puisqu’il serait impossible d’objectiver le sens pour en apparaître la constitution. Du fait de l’impossibilité d’une démarche « méthodique » [ p 274 ] extérieure, la seul possibilité resterait de s’installer dans le cercle fermé par la précompréhension du sens, telle que l’imposent les traditions, et son ressaisissement par l’enquête interprétative. […] 
    On peut dire cependant que le degré d’incompatibilité entre tradition herméneutique eet les exigences de la logique dépend fortement de l’interprétation donné du « cercle herméneutique » lui-même. […] 
    Aussi de nombreux philosophes (cf Wittgenstein) se sont-ils attachés à préserver une différence de principe (« grammaticales ») entre compréhension et interprétation, sauvant l’usage ordinaire suivant lequel j’ai à interpréter justement lorsque la compréhension vient à faire défaut, de sorte qu’en un sens, compréhension et interprétation s’excluent mutuellement.

    Mal comprendre

    p 279 Il [Schleiermacher] donnera à la non-compréhension un statut de principe méthodologique : lorsqu’on veut comprendre vraiment, la non-compréhension doit être première. [ JJD ça ressemble au soupçon chez Ricœur ] La raison en est technique, […] si tant est que l’on veuille vraiment comprendre un texte, il faut faire comme si on ne le comprenait pas et tout reconstruire rigoureusement, en nécessité, au plus près du processus créateur. […] « 1) Je comprends tout jusqu’à ce que je me heurte à une contradiction ou un non-sens » ; « 2) je ne comprends rien dont je ne saisisse la nécessité et que je ne puisse construire » (Scheiermacher 1989).

    p 281 Pour éviter la non-compréhension, l’herméneutique préconisant la reconstruction du sens a élaboré la réègle invitant à « mieux comprendre un auteur qu’il ne s’est lui-même compris ».

    p 282 Comprendre mieux, c’est comprendre autrement, et l’interprète qu ipense davantage ne « comprend » pas, il commente, en appliquant le sens à la situation de ceux en vue desquels i lexplique (Meier 1757).

    Mimèsis

    p 297 Aujourd’hui, on lui préfère […] le sens de « représentation »; qui maintient l’ambiguïté du génitif grec, objectif ou subjectif, selon que l’on pense la mimèsis en rapport à son produit iu à son modèle.

    p 303 On oublie donc trop souvent que c’est dans le cadre de sa critique de la poèsie mimétique que Socrate introduit sa célèbre tripartition des lits : l’Idée du lit produite par le dieu, qui est le lit véritable et essentiel ; le lit produit par l’artisan, ui en estune copie ; et le lit dessiné par le peintre, qui est une copie de copie, et se réduit à n’être qu’une apparence.

    Nature

    p 313 Hans Lenk propose de distinguer entre six niveaux d’interprétation :

    • […] élaboration interprétative des impressions sensibles par l’organisme. En grande partie génétiquement prédéterminée
    • Les schémas interprétatifs se constituent au termes d’expériences répétées
    • Au troisième niveuau, l’interprétation, et donc la conceptualisation, se déploierait langagièrement […] interprétation du monde […] pas encore réfléchi ni théorique.
    • Au qurième niveau prédominerait l’activité descriptive et classificatrice (ie « pensée sauvage »)
    • interprétation méthodique réglée et argumentativement fondée w/li>
    • méta-interprétatif, c’est-à-dire interrogation gnoséologique ou épistémologique.
    [JJD Se rapprocher des niveaux de Kant ]

    Précompréhension, préjugé

    p 338 De même que le sens du mot que l’ion a commencé à lire est anticipé dès les premières lettres de celui-ci, le sens de la phrase le sera dès la lecture de ses premiers mots, chaque anticipation étant susceptible d’être corrigé au fur et à mesure de la progression de cette lecture. Le phénomène renvoie en cela à la circularité du tout et des parties.

    p 339 Il faut néanmoins distinguer entre l’antériorité d’une présupposition ) — celle, par exemple, des définitions, axiomes et postulats dans la géométrie euclidienne, ou celle de l’intuition des natures simples chez Descartes, ou encore celle des préalables à la compréhension d’un texte, c’est-à-dire la connaissance de la langue et du contexte historique dans lequel il a été élaboré — et l’antériorité d’un préjugé. Car la première relève de ce qui est clairement posé dans la conscience, alors que la seconde relève, au contraire, de ce qui détermine notre savoir sans que nous en ayons une conscience claire.

    Probabilité

    p 344 Ce qu’on peut appeler la « préhistoire » du concept mathématique de probabilité nous met aux prises avec des préoccupations plus directement liées à l’activité interprétative, puisqu’i lémerge d’un ensemble de disciplines traditionnellement comprises ayant affaire à des matières d’opinion et des connaissances par signes, telles que la médecine, l’astrologie, la jurisprudence ou l’histoire. En outre, il faut que le concept d’indice […] soit distingué de celui, plus général, de signe, pour commencer à pouvoir être utilisé dans cette perspective. (fumée = « signe » du feu)/
    Probabilis veut d’abord dire « digne d’approbation » (du latin probare

    [ JJD toute la page 346 et la suivante parle de mathématiques ( Logique de Port-Royal, Clauberg, Pascal, Fermat …)

    Reconstruction

    p 372 [Ricoeur] Ce qui est premier est de raconter ce qu’on a vécu.
    Ensuite, vient le moment interprétatif. […] Le sens en général advient dans et par une interprétation [… qui…] porte l’événement vers l’idée d’une loi.
    […] Si dans un litige, les interprétations proposées par chacune des parties sont avant tout intéressées à la défense de leurs intérêts […] les arguments élevés de part et d’autre servent en même temps à tester la consistance des prétentions à la validité.

    Référence

    [ JJD à creuser p 388 sqq] 

    Savoir pratique

    p 406 Comprendre est un savoir pratique car il inclut l’application de ce qui est à comprendre (un texte, une tradition, une loi juridique, une norme éthique une pièce de théâtre ou de musique) à la situation présente.

    Symbole

    p 493 Le symbole est opaque, le signe est transparent (Hegel)

    p 498 Comme l’analyse Goethe ou Kandinsky, une couleur n’est par exemple pas perçue de la même façon si elle apparaît sur un fond noir ou sur un fond blanc.

    Texte

    p 514 Le passage de l’oralité à la textualité suppose l’effacement de l’horizon communicatif immédiat, son interruption et sa reprise.

    p 516 Le codage graphique peut se marquer dans la ponctuation, les majuscules, la linéarisatio qui sont comme des rémanences de l’oral dans l’écrit.

    Psycholinguistique (Jean Caron)
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